Laisse pas traîner ton fil

 

Il y a quelques mois j’étais à un dîner avec des amis de mon John. Je m’étais faite jolie mais pas trop, pour ne pas paraître futile (de toute façon, j’ai un potentiel limité), je surveillais mon langage, essayais d’être drôle mais pas lourde, intelligente mais pas snob, bref ! C’était le dîner-test, si vous voyez ce que je veux dire, “Le” dîner de présentation de la nouvelle amoureuse aux meilleurs-amis-inséparables-qu’on-connait-depuis-dix-ans-et-qu’il-va-falloir-séduire-si-on-veut-continuer-cette- relation-sous-de-bons-hospices ! Grosse pression, mains moites et tout le tralala.

 

“Tu vas voir, ils sont super. C’est vraiment des gens qui comptent pour moi. J’espère que tu vas les aimer.

- Oh tu sais moi j’aime personne hein, et puis surtout je suis sûre que tout le monde me déteste…

-Mais non, ta mère t’aime bien, y’a de l’espoir.”

 

Nous voila donc à table. Ils ont l’air confiants. Ils parlent, ils boivent et se donnent des nouvelles. Moi je gigote d’une fesse sur l’autre, aussi à l’aise que dans ces rêves où tu te retrouves tout nu dans la cour de récrée, avec une tongue à la main et le lycée entier qui te jette des flacons de tipex au visage - ce qui est méchant parce que ça fait mal. Et s’ils me trouvaient bizarre? Pire, s’ils me trouvaient banale? Est-ce que je dois manger de bon appétit au risque de passer pour une boulimique, ou au contraire picorer dans mon assiette, quitte à incarner cette fille introvertie avec des désordres alimentaires et une libido carrément atrophiée que je ne suis pas? Comment faire pour avoir l’air crédible - ils ont tous de “vrais” boulots, ils sont sympa, ils gagnent leur vie comme des Grands et y’en a même qui bossent dans la bd… Pitié, qu’ils ne me demandent pas ce que je fais, pitié…

 

“Alors Lolita, qu’est-ce que tu fais dans la vie?

- Merde heu, j’veux dire, comment dire, heu merde (ça y’est, ils vont croire que j’ai le syndrome de Tourette) J’écris des livres pour traumatiser les enfants, je dessine des lapins mais en fait c’est pas des vrais lapins c’est des gens habillés en lapins, je fais une bd avec un ami dépressif, des personnages hystériques et un Dark Vadox qui a un micro-pénis et je vais me mettre au Krav-Maga quand j’aurai décidé de redevenir sportive mais pour l’instant je suis en phase lapins parce qu’ils sont tout autour de nous…”

 

Maintenant, c’est sûr, ils me détestent. Pourquoi j’ai toujours besoin de parler de foutus lapins à des inconnus tout à fait normaux ?!

 

“Ah, toi c’est des lapins que tu vois partout?

- Heu… Quoi? C’est à dire? Un peu oui ça m’arrive. Mais c’est parce que j’en ai tué vingt sept étant enfant…

-Bah moi j’ai un fil dans le dos.

-Que…quoi?

-Depuis que je suis gamin je sens que j’ai un long fil dans mon dos et je le traîne partout où je vais, je contourne les chaises pour qu’il ne se prenne pas dedans, je zig-zague entre les gens pour qu’ils ne l’écrasent pas, j’en prends soin de mon fil. Je me le roule sous le bras quand je pars en voyage et…

-Et il est relié à quoi ton fil?

-Je sais pas.

-Et comment tu fais quand tu prends l’avion?

-Il est très long.

-Il s’est jamais cassé? T’as pas peur qu’il s’emmêle et que tu ne puisse plus avancer? Si ça se trouve mes lapins sont en train de ronger ton fil à l’instant même, je suis vraiment désolée !

-Pas de problème, il est ultra-résistant.

-… Je peux avoir un fil moi aussi…?

-Bah oui, je crois… Chacun le sien…”

 

Bizarrement, à partir de là je me suis senti tout à fait détendue. Le dîner-test s’est très bien terminé, j’ai même pris un dessert sans me demander si ça faisait Bouli ou Ano, frustrée ou nympho. Pourquoi se faire toute une montagne d’un simple dîner - il suffit de trouver le fil rouge qui nous relie tous pour que ça se passe bien. On est pas des sauvages !

 

Sur le chemin du retour, assise à l’arrière du scooter de mon John, j’ai laissé le vent nocturne chiffonner mes pensées.

 

“Alors? Tu les trouves comment mes amis?

-Extraordinaires!

-Carrément?

-Ouais, complètement timbrés !”

 

Et j’ai senti dans mon dos pousser le petit fil. Il flottait déjà dans l’air de Paris, prêt à grandir et à s’allonger pour tisser des liens entre toutes ces nouvelles personnes et les anciennes. Il pousse encore et se développe pour me rappeler d’où je viens, il dessine ma route comme une racine soyeuse et incassable qui me maintient à terre, qui me lie aux autres en s’emberlificotant dans leurs jambes. J’ai un fil maintenant, et ça change la vie !

 

L’homme allongé sur ma cigarette

Est-ce que les hommes rêvent autant que les filles ? Est-ce qu’ils souhaitent de toutes leurs tripes, comme nous -petites curieuses fouineuses-, connaître nos secrets et nos délires, savoir ce qu’il se dit quand les femmes sont entre-elles, lors de leurs fameux déjeuners entre copines ?

 

 Et si un homme, pioché au hasard, pouvait nous suivre pendant toute une journée et entendre, non-censurées, nos conversations intimes ? Est-ce qu’il s’en remettrait ? 

 

Alors voila, je prends un mec, un p’tit poilu avec la mâchoire carrée ou un grand maigrichon plein de taches de rousseurs. Je le pose dans ma paume et j’appuie sur ma télécommande magique : Pomme moins ! Pomme moins ! Pomme moins !  Il a la taille parfaite pour rentrer dans mon paquet de clopes. Bien au chaud dans mon sac, entre mon carnet à dessins, mon carnet de chronix et celui pour les listes ; entre ma trousse à maquillage, ma carte d’électeur et les p’tits chocolats piqués dans un café près de Châtelet ; calé contre un manga, écrasé sous une trousse à outils de poche au cas où et pressé contre un tampax au cas où aussi, bref! le Petit Homme est là, dans le paquet de cigarettes, dans le sac, à mon épaule, sur mon scooter, à 7O, en direction de chez Fatma. Il est treize heures, aujourd’hui c’est déjeuner entre filles.

 

Salut Fatma, ça fait longtemps, bah ouais au moins un mois, faut bien bosser hein, ah ah c’est ça ! Alors on commence par quoi? Déjeuner Vietnamien, poulet sauce aigre-douce, première clope et première bière de la journée. Je m’allonge sur des coussins et commence à raconter mes rêves. Tu crois que c’est normal de rêver de mon grand-père mort qui me passe des coups de fil pour me dire d’arroser mes plantes, pendant que moi je suis enceinte de douze mois d’un bébé koala ? Ça symbolise quoi les koalas dans les rêves? Un truc très grave sûrement… Bah ouais, sûrement. Fatma est préoccupée. Tu vois, on peut pas dire que je sois une fille sympathique… Mais si t’es sympathique, c’est quoi ce délire! Nan, je suis sociable et je connais deux-trois trucs sur deux-trois sujets, mais ça me rend pas sympathique. Tu rigoles! T’es ultra sympatoche ! T’es déséquilibrée, t’es cynique, tu dragues, tu sais faire la danse du ventre, je te trouve méga-sympathique moi. On sonne à la porte, Déborah arrive avec du vin. Hello! Hello. Y’a Fatma qui trouve qu’elle est antipathique. N’importe quoi, tu sais faire la danse du ventre!  Qui veut des Dim Sum? Troisième clope, deuxième bière, Déborah se plaint de n’être jamais contente. Tu vois, quand j’avais pas de boulot, je stressais pour les tunes, maintenant que j’en ai, je stresse de pas y arriver ! C’est comme avec les mecs, quand t’en a pas tu flippes de redevenir vierge et quand t’en as, t’as peur de tout faire foirer avec tes névroses. On est jamais heureuses en fait ! J’avale un beignet de crevettes : Faut s’y faire, on aime l’angoisse, ça nous remplie. Le bonheur et l’harmonie ça pèse rien. Débo rajuste ses lunettes. Et le Sida? Vous pensez au Sida?!  Encore un coup de bol pour nos parents ça. Eux ils avaient la pilule, la libération de la femme, la baise à tout vent et même pas de Sida, alors que nous on a cette angoisse là, un président abruti et un taux de chômage ahurissant ! J’acquiesce. C’est comme mon mec par exemple, l’autre jour il enlève des capotes de sa trousse de toilettes et me dit qu’il les laisse là parce qu’il n’en aura pas besoin en tournée. Je lui dis, mais si, vas-y prends-les, si tu me trompes je préfère que tu te protèges au moins. Et il me dit, les yeux dans les yeux, NON, je n’en aurait pas besoin. Est-ce que je suis parano ou prévoyante? Est-ce qu’il est adorable ou inconscient? Hein, Débo, c’est mignon en même temps ce qu’il me dit? Mouais… il ira en acheter. Troisième bière et petit dessert marocain. Rita arrive, en retard, comme d’habitude. Hello! Hello. Qu’est-ce que tu penses de Fatma, elle est sympathique ou pas? Bah ouais elle est sympathique, t’as vu ses bottes Vintage. Rita s’assoit sur le canapé et sirote son thé à la menthe. Cette semaine je suis tombée dans le fossé avec ma bagnole. Quoi?! J’étais en repérages pour un film, je devais trouver une prison des années 70, j’ai mal écouté mon GPS du coup je suis tombée dans le ravin. J’ai dû rameuter tous les hommes du villages pour me tirer de là, parce que j’osais pas appeler la prod’ et leur dire la vérité. C’est terrible ce GPS, à force de l’entendre toute la journée, j’en rêve la nuit, je reconnais sa voix partout où je vais, je ne vis que pour elle, je n’écoute qu’elle. T’as trouvé un nouveau gourou quoi. C’est mieux qu’un koala, te plaint pas. Et y a de nombreux fidèles. Fatma se lève en trombes. Putain déjà cinq heures ! J’avais oublié mon rendez-vous chez la psy! Rohh la chance !!  Emmène-nous avec toi steuplé ! La mienne elle a démissionné pour me fuir. Ah non ! Alors parle de nous au moins, que ça serve à quelque chose ! Fatma est partie. Je croque dans un pignon. J’ai pas hâte d’avoir un dentier moi. Et une poche à pipi non plus. Vous arrivez à faire parler vos mecs vous? Tu rigoles? Impossible. L’autre jour j’avais envie qu’on délire ensemble sur des projets d’avenir un peu fous. Je lui dis, vas-y, imagines un truc de dingue, fais moi rêver. Et qu’est-ce qu’il me sort? Il me sort qu’on aura une voiture volante !! C’est tout pourri comme rêve! Moi je voulais du mariage, des enfants, des maisons de vacances avec nos potes, des apéros entre grands pendant que les gamins jouent à se noyer dans la piscine ! Une voiture volante et puis quoi encore?! Les hommes n’ont pas d’imagination. Le silence retombe. Vous trouvez pas qu’on aurait été les meilleurs dans Loft Story? Je suis sûre qu’on aurait gagné, on a quand même une personnalité, heu… sympathique? On l’exhibe souvent dans les soirées d’ailleurs, vu qu’on a rien d’autre à exhiber. Deuxième bouteille de vin, Fatma rentre de chez sa psy. On s’est a moitié endormies sur le tapis, gavées comme des petits cochons de thé, de bière et de pignons. Elle m’a remonté le moral les filles, c’était génial ! Bah, et nous, on compte pas? Non, je vous paye pas 70 euros les 45 minutes. Ah c’est sûr que ça marche mieux quand on paye…  Si on dînait? J’ai des pâtes au pistou et un peu de jambon. À propos de mecs… On parlait pas de ça. Nan mais bon, revenons-y. J’ai un pote qui sort avec une fille idiote uniquement parce que, soit disant, c’est une bombe sexuelle. Le meilleur coup de France, il parait qu’elle fait tout. Quoi “tout”? Nous aussi on fait “tout” et personne ne dit ça de nous. C’est dégueulasse! On devrait embaucher des gars qui feraient courir ce genre de rumeurs sur nous, comme ça on aurait une réputation de malade ! Bof, si en plus de l’esthéticienne, du psy et de la vie normale, on doit payer un “propagateur de rumeurs”, ça commence à revenir cher d’être une nana. Clope après clope, la soirée avance. Vers minuit, le mec de Fatma appelle. Elle parle deux minutes trente puis raccroche. Merde, il m’a flingué le moral. Il déprime à cause du boulo, du coup je déprime par procuration. C’est beau l’amour, tu le soutiens. Tic tac…Ouais… Tic tac… C’est beau une fille, ça compatit. J’allume ma quinzième clope : ça saute sur n’importe quel prétexte pour déprimer à l’unisson. Rita se redresse. Vous entendez pas mon GPS là? Non. Déborah termine son verre. Qu’est ce que ça veut dire “tout”, ça veut rien dire.

 

 

À deux heures du matin, on se disperse enfin. La gorge sèche d’avoir parlé treize heures d’affilée en ne buvant que cinq bières chacune et deux bouteilles de vin. 

 

Arrivée chez moi, j’ouvre mon paquet de clopes. Il n’en reste qu’une. Mon envie de tabac est puissante, mais oserais-je réveiller le petit homme allongé sur l’ultime cigarette? Il s’est endormi un peu après le goûter, entre Sida et GPS. Il rêve peut-être de filles “sympathiques” lui donnant, à la baguette, du poulet sauce aigre-douce. Peut-être aussi qu’il fait un rêve silencieux, peuplé de footballeurs qui courent nus dans un stade, pour oublier ces treize heures de papotage féminin. Il ne faut jamais réveiller l’homme qui dort - parait que ça porte la poisse. Je suis déjà cyclothymique, manquerait plus que j’ai la poisse. Tant pis pour la clope - dors petit bonhomme, récupère tes forces, demain tu viens à l’aqua-gym avec moi! Tu vas voir, c’est tip top. 

Près de l’arbre aux fleurs roses

Ma Mamie. 

 

Je te revois quand j’avais cinq ans, à l’époque où les cousins et cousines venaient passer le week-end chez Papi et toi. Une grand-mère super canon avec un air de Jeanne Moreau… On avait un rituel toutes les deux. Tu me mettais dans une bassine pour me laver et à chaque fois, la tête pleine de mousse en petite fille inquiète, je te posais la même question : “On s’aime nous, hein Mamie?” Et toi tu me répondais “Mais oui on s’aime ma chérie. On s’aime fort fort fort!” 

 

Pendant ce temps-là, Papi jurait contre une étagère qui ne voulait pas tenir au mur et tu l’engueulais parce qu’il ne fallait pas qu’on apprenne des gros mots. Mais les gros mots on les connaissait déjà, pis on aimait ça. Comme on aimait l’odeur du tabac brun de Papi, sa blouse bleue élimée, les bonbons acidulé que tu nous offrais pour le goûter. Chez vous c’était les cerises cueillies sur l’arbre du jardin, les descentes d’escaliers en trombes et sur les fesses, la chambre de notre oncle remplie de posters d’Iron Maiden qui nous faisaient faire des cauchemars. Mais on n’avait pas peur, parce que tu étais là pour nous lire des histoires anti-Iron Maden. 

 

Je te revois plus tard, dévorant les livres et m’en conseillant certains. Je n’ai pas pu tout lire, tu sais, mais je vais me rattraper. Maintenant que ta bibliothèque est un peu à nous. Jusqu’au bout tu as lu. Il y a encore un mois tu finissais une trilogie suédoise que je t’avais offerte -malgré les 500 dernières pages un peu chiantes. Désolée, tu lis plus vite que moi.

 

Ma Mamie, je te revois danser le Rock n’roll au mariage de ta fille. Vachement plus cool que notre danse de jeunes mal dans leurs peaux ! Je te revois notant les dvd que tu avais prêtés à l’un d’entre nous et qu’on oubliait toujours de te rendre. Enfin, surtout moi. Tu en avais tellement. Chez toi c’était la plaque tournante du dvd, un marché noir familiale ultra fourni ! Je te revois au Mc Do, où je t’avais traînée avec mon autre grand-mère -ta meilleure amie, celle avec qui tu passais des heures au téléphone à parler de nos deux familles-, mangeant ton hamburger à la fourchette. Je te revois en vacances, avec maman, toutes les trois sur le ponton à regarder la mer et les petites traces des crabes sur le sable. Trois générations de filles, un peu Corses, Italiennes, Espagnoles, descendantes d’un arrière grand-père venu de Mongolie on ne sait comment ni pourquoi. Mille fois je t’ai demandé de me raconter l’histoire de ton père, et mille fois j’ai oublié ce que tu me disais. Peut-être pour avoir un prétexte pour te le redemander, peut-être parce que ce que j’aimais finalement c’était que tu me racontes ta jeunesse. 

 

Alors aujourd’hui, même si tu n’es plus là pour répondre à mes questions, je peux t’affirmer ma Mamie que oui, on s’aime. On s’aime fort fort fort. Et c’est pas prêt de disparaître sous la pierre et les fleurs. Je ne sais pas trop où tu es, parce que je ne sais pas trop en quoi je crois… Dans un petit coin de ciel ou un petit coin de terre… Mais je sais que tu resteras toujours dans un gros coin de mon coeur et de ma mémoire. Et si demain j’ai un enfant, une bassine et des histoires de famille à raconter, c’est la tienne que je raconterai en premier. Ma Mamie. 

 

H’Mong


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Hello les Sblorfers! Désolée pour cette absence de chronix mais j’étais toute occupée à préparer un voyage au Vietnam. Je devais y aller pour la Fondation Malone qui s’occupe d’aider les enfants à travers le monde. Projets ambitieux et vertigineux ! Malheureusement, pour des raisons familiales, j’ai dû annuler, mais ça veut dire que les chronix vont reprendre. Une petite photo des H’Mong du nord du Vietnam pour la route. C’est chez eux que je me rendais, afin d’essayer de créer un terrain d’entente entre eux et les Vietnamiens et d’agrandir la petite école de Sapa. Un jour je vous raconterai tout ça! La photo m’a été donnée par Lo Thi Gôm, mon amie “de là-bas”. Sur le Polaroïd, elle tient un petit paquet de tissus sous le bras. Voilou!

Shining !

Y’a des immeubles sympa, où l’ambiance est cordiale, où il est même possible d’aller boire des pots chez ses voisins. Des immeubles tranquilles, où les mouches elles-même se fatiguent avec le vrombissement de leurs ailes. Y’a des immeubles bordéliques, où chacun y va de sa mélodie, où ça gueule et ça crie à tous les étages, mais où tout le monde s’en fout parce que personne n’entend. 

Partout, dans chaque quartier, chaque recoin de chaque ville, y’a des gens qui vivent les uns au dessus des autres et qui survivent à ça. 

 

Et puis y’a mon immeuble. De l’extérieur, il fait bonne figure. Il se tient bien droit face au cimetière, propre sur lui, presque classé parce qu’une jeune fille rangée y a écrit ses mémoires. Les fenêtres des années trente branlent un peu, laissent passer des courants d’air -juste assez pour refiler une conjonctivite à un chat-, mais en gros, c’est un immeuble banal, comme il y en a mille dans Paris. 

 

Et pourtant. Au rez-de-chaussée de cet édifice maléfique vit la gardienne du temple, Madame Petitrideau. Impossible de traverser le hall sans qu’elle soit au courant. Comme je n’aime pas qu’on soit au courant de tout mes déplacements, j’ai essayé d’esquiver le regard indiscret en ouvrant la porte tout doucement, sans la faire grincer, mais ça me prenait dix minutes pour rentrer dans l’immeuble; j’ai marché sur le bout des orteils, je me suis accroupie en passant sous sa fenêtre, mais rien n’y a fait : aucun va-et-vient ne lui échappe ! Ce manège n’a servi qu’à déclarer une guerre ouverte entre elle et moi. Grand match Parano Versus Fouineuse ! Résultat, Madame Petitrideau, qui a ses relations à la Post, m’a éliminée petit à petit de la liste des habitants de mon immeuble. À présent, les lettres retournent au guichet avec la mention “N’habite plus à cette adresse” et officiellement, le seul qui vit dans mon appart’, c’est John !  

 

Au premier étage il y a une Japonaise étrange, qui ne sort jamais de chez elle et qui n’a aucun meuble à part des plantes. De la cour, quand je grimpe un peu sur le pot de fleur en m’agrippant au rebord, j’aperçois ses fenêtres. On dirait qu’elle vit dans une jungle poussiéreuse. Chaque feuille est recouverte d’une épaisse couche de crasse, des lianes tombent des appliques et l’éclairage est au néon. Parfois j’imagine qu’elle est agoraphobe, qu’elle s’ennuie des forets du Kyushu. Parfois aussi, elle est dealeuse de drogue et camoufle son cannabis au milieu des bambous et autres plantes en pot. Madame Ficus n’est pas méchante, mais bizarre quand même. 

 

Dans l’appartement à côté du mien, je crois qu’il y a une secte. Le soir j’entends des bruits étranges, comme des cris de poules et des versets psalmodiés. Depuis six ans que je vis ici, jamais je n’ai vu mes voisins. Pas une seule fois je ne les ai entendu rentrer, croisés dans les couloirs ou aperçus dans le hall. Pourtant je guette. J’aime bien être au courant de tous les va-et-vient. 

 

Au dessus de chez moi, il y a une dame rondelette qui ressemble à une poule. Elle se promène toute la journée avec ses talons aiguilles, KLAK! KLAK ! sur le carrelage pour passer l’aspirateur, KLAK! KLAK! sur le carrelage pour donner à manger au chien, TSSHIK ! TSSHIK! les griffes du caniche sur le carrelage pour éviter l’aspirateur, TSSHIK! TSHIK! les griffes du caniche sur le carrelage pour fuir l’adolescent à la voix qui mue. “MmmaAaMmmaaheuu ! Allez steupl’, j’peux aller voir mes potes ce SOOiiir !” (Imaginez une voix d’ado mutant en pleines négociations). “NoooOn ! Pas question de traîner sur les trottoirs !” (Imaginez une voix de poule mal léchée). Parfois j’aimerais bien que mes voisins invisibles prennent cette poule pour leur prochaine cérémonie. 

 

Au deuxième y’a une vieille qui crie “Youhou ! Y’a quelqu’un dans la maison ? Youhou ! Y’a quelqu’un dans la maison ?” Personne ne prend jamais la peine de lui répondre, alors parfois en passant je dis “Oui y’a quelqu’un dans la maison” et elle répond “Casse-toi!”. Les vieux ça perd la boule et ça fait peur.  

 

Et enfin, la pire, mon ennemie jurée, la folle furieuse du troisième étage : Madame Y’aTropD’BruitJ’DeviensBarjo. Avec elle, l’immeuble se transforme en Shining. Je crois qu’elle vit l’oreille collée à notre plancher pour être certaine d’entendre le moindre de nos déplacements. Tous les trois jours j’ai une lettre de plaintes sous ma porte : “C’est invivable, vous marchez dans votre appartement ! Vous allez aux toilettes la nuit ! Vous parlez ! Vous jouez de la guitare le dimanche après midi ! VOUS ME RENDEZ MANIACO-DÉPRESSIVE, MÊME MON FILS TROUVE QUE J’AI UNE SALE GUEULE !!” Pas besoin de Jack Nicholson pour qu’un immeuble devienne flippant, suffit d’une timbrée qui veut vous interdire de pisser et marcher. Au début j’étais gentille, je me retenais d’aller aux toilettes le plus longtemps possible et marchais le long des murs pour éviter le bruit, mais à la dixième lettre j’ai commencé à perdre patience. Maintenant je ne rêve que d’une chose c’est qu’elle soit kidnappée par la secte aux poules, séquestrée par la Japonaise pour servir d’engrais au cannabis ou dénoncée à la Poste par Madame Petitrideau pour passages trop fréquents devant le local à poubelles.  

 

Quoi? J’ai l’air d’une psychopathe à épier mes voisins, souhaiter l’enlèvement d’une dingue et éviter ma gardienne? Il faut bien que je me fonde dans le paysage. Ici il n’y a que des fous. Allez savoir à qui emprunter un tire-bouchon dans cet immeuble. Et le comble, c’est que je “N’habite plus à cette adresse” ! Quoi Meudon? Pff, meuh non.  Je l’aime bien cet immeuble de barjots. Tiens, d’ailleurs, “Y’a quelqu’un dans la maison?” 

 

Y’a une touffe de poils en rut qui habite chez moi !

Depuis cinq jours y’a un chat qui vit chez moi. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai vendu mon âme au diable et accepté de garder Lili pendant  dix sept jours. DIX SEPT JOURS ! C’était peut-être pour remercier ma mère de toutes ces années de dévotion ou simplement pour avoir bonne conscience. Faut dire qu’avant, c’était mon chat, mais la vérité c’est que, dès qu’elle a grandi, je ne l’ai plus aimée. Espérons que ça ne fera pas ça avec mes gamins, parce que je ne sais pas qui acceptera de les garder pour moi si j’en veux plus une fois ado. Avouez qu’un bébé chat c’est trop mignon, mais adulte ça perd son intérêt. Comme les lapins, les plantes, les politiciens, les poneys et les caïmans. Comme pas mal de choses finalement.

 

Mais bon, il faut prendre ses responsabilités de temps en temps, alors j’ai migré toutes ses affaires chez nous - litière qui pue, bouffe qui pue, brosse pleine de poils, doudou baveux- et j’ai posé Lili sous l’étagère à cd. Elément nouveau près d’élément nouveau. À croire qu’elle non plus n’aime pas les étagères, au bout de deux secondes elle a filé à la porte et est restée toute la soirée à attendre qu’on la laisse repartir chez ma mère. Du genre, première nuit d’un gamin en colonie de vacances. 

 

“Hauts les coeurs Lili ! Tu vas voir, ça va être super ici, un peu comme un week-end de dix sept jours chez une tante baba-cool. Et puis ça m’entraînera pour garder mon p’tit frère.”

 

Visiblement, je ne l’ai pas convaincue. Elle a passé la première nuit collée à la porte alors que je lui avais fait couler un bon bain chaud pour la mettre à l’aise. Les chat sont des animaux ingrats.

 

Les jours ont passé et je me suis rendue compte à quel point c’est stressant d’avoir une bête en appartement. Je passe mes journées à flipper qu’elle s’échappe et se perde dans l’immeuble, qu’elle se fasse assassiner par la voisine du dessous qui nous déteste (et qu’elle finisse comme le lapin dans “Liaison fatale”!), qu’elle se noie dans les toilettes, empoisonnée par les pastilles d’eau de Javel parfum lavande, qu’elle avale un mediator, s’électrocute sur mon fer à repasser, s’étouffe sous la couette ou pire, qu’elle se jette par la fenêtre pour attraper les oiseaux du cimetière! Toutes ces tensions me rendent marteau, je ne peux plus faire un pas chez moi sans angoisser pour le chat et quand je sors, c’est l’enfer. Je l’imagine agonisant sous l’étagère à cd qui se serait pétée la gueule sur elle, en train de miauler à la mort pour qu’on lui rende sa liberté. 

 

Le soir, quand je rentre, elle me regarde avec ses yeux pleins de poils, me culpabilise de l’avoir déracinée. Je sais Lili, ici y’a pas de terrasse pour faire pipi dans les fleurs, oui je sais, ici les seules plantes qu’il y a c’est des cactus mourants mais putain, adapte toi! T’es un fauve urbain, tu devrais survivre à la jungle de mon appart’. Pense un peu à ma mère, qu’est-ce qu’elle dira si elle retrouve son chat  avec les yeux cernés et une grosse crève parce qu’elle a dormi dix sept jours dans le courant d’air qui vit sous ma porte d’entrée. Manquerait plus qu’elle me fasse une dépression nerveuse. Est-ce que ça existe le Lexomil pour chat? 

 

Heureusement, au bout de trois jours, elle s’est trouvée une occupation qui lui a fait oublier ses soucis d’exilée : à présent Lili drague mon John. Peut-être qu’il a des phéromones attractives pour les petits mammifères, peut-être que la technique pour se la mettre dans la poche c’est tout simplement de la caresser plutôt que de lui proposer un bain moussant, bref : Lili est amoureuse de mon copain et compte bien m’évincer. En soixante douze heures, mon p’tit homme est devenu son chouchou; elle me zappe complètement depuis qu’elle l’a rencontré. Si vous voyiez les numéros de charme qu’elle lui fait. Et que j’me frotte à toi, et que je ronronne violemment sous tes caresses. Ils passent des heures collés l’un à l’autre, à discuter en langage chat pour que je ne comprenne pas qu’ils se foutent de ma gueule. Cette chatte est en phase de drague intense, elle a mis le grappin sur John et me fait bien comprendre que je suis de trop dans leur couple. 

 

C’est injuste, parce que c’est moi qui lui donne à manger après tout. À chaque fois qu’il ouvre la boite de Sheba, John a des relents et court à la fenêtre pour pas vomir. Du coup c’est Lola qui s’y colle, heureusement que j’ai l’habitude de lutter contre les nausées. Mais c’est vrai que c’est immonde - s’ils pouvaient manger de la nourriture normale comme nous, les chats seraient bien plus tolérables. 

 

De toute façon, les chats c’est con, ça fait jamais rien. Ça bouffe, ça dort, ça produit des petites boulettes de pisse amalgamées et quand tu lui tapotes sur le derrière, ça se dresse de manière indécente en poussant des espèces de “Rrrouuumiaouwwwgrrrllllmiaowrouuh” aguicheurs. Allez, John, lâche un peu Lili, ton animal c’est moi, c’est MOI ta créature câline ! 

 

Mais Lili n’est pas d’accord. Elle a mis au point une technique imparable pour m’éloigner de John. Dès qu’on met un orteil sous la couette, elle rapplique illico et attend que ça chauffe. À croire qu’elle a un sixième sens pour les scènes coquines. C’est un peu comme s’il y avait un enfant assis dans le coin de la pièce, regardant les ébats privés de ses parents. Et moi ça me bloque! J’ose plus faire un geste, impossible de me lâcher avec deux pupilles félines rivées sur ma culotte! Ce chat est diabolique. Quoi j’suis prude? demandez à Clara Morgan si ça ne la gênerait pas de pratiquer son travail sous les yeux d’un chat possessif.  

 

Maman, heu, comment dire… Tu pourrais pas revenir de là où t’es et récupérer ton chat ? Parce que si ça continu comme ça, je vais finir parano, jalouse, hystérique et asexuée. Hein maman, tu ne souhaites pas ça à ta fille quand même ? Bon, ok, on fait un deal : je garde Lili mais quand mes enfants seront ados tu les prendras chez toi. Ils seront bien plus heureux à pisser dans les fleurs de la terrasse. Et ça les changera du palier de la porte d’entrée. Penses un peu à la voisine du dessous qui nous déteste, t’aimerais pas que tes petits enfants finissent comme le lapin de “Liaison Fatale”, à bouillir dans une casserole? On est d’accord. 

 

Allez viens Lili, c’est l’heure du bain.

 

Vite John!  Profitons-en tant que le chat est noyé !

 

Le retour du dentiste de la mort qui tue

Non. Non non non NON! Je ne te sens pas, je n’ai pas mal, ça ne me lance pas. Je n’ai pas de dents, j’ai une bouche pleine de gencives et c’est tout. L’univers ne peut pas me faire ça. J’ai été bien sage ces derniers temps, c’est pas du juste, j’ai même donné de l’eau aux cactus et repassé les fringues qui traînaient depuis deux semaines dans le panier de linge sale, alors non! JE N’AI PAS MAL À MA DENT DROITE!! 

 Putain j’ai mal. J’ai mal comme un chien à cette foutue molaire et je sais ce que ça veut dire… Je dois prendre rendez-vous chez Monsieur Torture, chez mon dentiste ce bourreau qui va encore me laminer la tête à coup d’analyse psychologique de ma plaque dentaire. 

 

Vous rigolez hein? Vous vous dites “Quelle est chochotte!” - et bien allez-y à ma place et surtout, pensez à lui dire que j’ai mal. 

 

Ouais, je sais, le dentiste c’est comme les toilettes, personne ne peux y aller pour moi, mais ça va requérir toute une préparation je vous le dit. Parce que chez ce dentiste-là on n’y va pas comme on irait à la plage, parasol et crème solaire sous le bras - négatif! La dernière fois que j’y suis allée, il m’a retourné le cerveau et je suis rentrée deux fois plus dépressive qu’à l’adolescence. Pour survivre à Cassedepiasse il faut être parée, multi-blindée de tous côtés pour être sûr de ne pas ressortir suicidaire ou pire, suicidaire avec les dents qui saignent.

 

Voila pourquoi j’ai mis sur pied un plan d’attaque imparable; si avec tout ça, il trouve une brèche, ce sera vraiment pas d’bol.

 

Tout d’abord, prendre rendez-vous chez un psy. “Bonjour Docteur Freud, je viens vous voir pour exterminer mes anomalies. Je dois être certaine qu’il ne reste aucune névrose à vif, aucun traumatisme enfantin oublié. Faites-moi la totale, nettoyez mon cerveau, mon Moi et mon Surmoi, n’oubliez pas une seule manie, réglez mon problème de fusion, mes soucis d’hypocondrie, mes pulsion paranoïaques. Oedipe à la machine ! Il doit ressortir plus net que la peau de Michael Jackson. Pourquoi? Bah parce que j’ai rendez-vous chez le dentiste bon dieu ! Mais non c’est pas une névrose carabinée, c’est une question de survie. Analysez-moi jusqu’au fond des orteils et si par hasard vous savez soigner les caries, soignez!”

 

Deuxième étape, me laver les dents au fer à souder pour éliminer ma plaque dentaire. Si Cassedepiasse la voit, je suis foutue. La dernière fois il a failli me gifler parce que, soit disant, je ne savais pas me brosser les dents. Comme s’il fallait avoir fait Science-Po pour ça ! Alors “frotte frotte” Émaille Diamant, peut-être qu’un peu de Javel ferait l’affaire…

 

Ensuite, me laver les cheveux. Essentiel. Je ne me ferai pas avoir deux fois. Apparemment, pour Cassedepiasse, avoir les cheveux sales c’est pire que tout : “Dites donc Lolita, c’est gras tout ça, vous ne seriez pas un peu dépressive en ce moment? C’est logique, depuis que votre mec vous a larguée vous devez être au fond du trou…” Tu sais ce qu’il te dit le trou! J’adore les cheveux gras moi, ça brille et ça tient chaud… Mais bon, je les laverai quand même deux fois avant le rendez-vous. Et j’en profiterai pour faire un gommage, épiler mes sourcils et me faire le maillot nickel, comme ça il n’aura aucune prise sur moi. Je serai irréprochable ! 

 

Pour être certaine que mon dentiste ne me ruine pas le moral, je vais devoir arrêter de fumer, arrêter les chewing gum, arrêter le café; il va falloir m’alimenter sainement, ne pas manger acide -ça risquerait de se voir à ma plaque dentaire- et laisser tomber les sucreries. L’idéal serait carrément d’arrêter de manger - peut-être que ma carie se résorberait d’elle-même? Comme je suis perfectionniste, je vais prendre rendez-vous chez ma gynéco pour qu’elle balise ce terrain-là aussi. On sait jamais. Il pourrait me sortir que si j’ai une carie c’est parce que j’ai des cystites et que je ne sais pas gérer mon “intérieur” comme une vraie femme -d’autant plus que j’ai les cheveux gras et que ça sera la faute de mon brossage de dents si mon John me largue demain. 

 

Mmm… Avec tout ça, je devrais m’en sortir… Il faudrait aussi que je lise Proust, la dernière fois il avait l’air excédé que je ne connaisse pas, par coeur, certains passages d’ “À la recherche du temps perdu”. Bref ! avant d’aller chez lui, il faut me refaire une santé et une culture. C’est long et y’a du boulot, mais c’est le seul moyen d’échapper à sa perversité. Quoi? Changer de dentiste? Pff, dans la famille on est fidèles jusqu’au bout. 

 

En fin de compte, on en revient au début : l’Univers m’en veut. Après la coqueluche et mes règles, voila que j’ai une carie. J’ai du être diablement mauvaise dans ma vie antérieur pour subir un retour de bâton aussi terrible. Mais pourquoi il fallait que ce soit dans ma molaire qu’il revienne ce bâton! Il aurait pu m’arriver dans l’oeil, j’ai un ophtalmo ultra-sympa qui s’appelle De Beauregard, avec lui au moins j’aurais pu continuer la clope.

 

Enfin, comme dirait ma gynéco, “Dans la vie il faut faire face à ses responsabilités et uriner après chaque rapport”. La deuxième partie de la phrase n’est pas très utile en matière de dents, mais bon, j’ai compris le message : Je n’échapperai pas au Dentiste de la Mort Qui Tue!

 

“Allo Docteur Cassedepiasse, c’est Lolita… 

-AH! Encore vous, ça m’étonne pas! 

-Heu, j’ai mal à ma dent, mais c’est pas de ma faute et pis j’ai les cheveux propres maintenant… Il faudrait que je vienne vous voir pour heu…

-Pour que je rattrape les dégâts! 

-Oui c’est ça…

-Y’a du boulo avec vous hein, alors je nous bloque trois heures mercredi matin.

-TROIS HEURES?! LE MATIN?! ET UN MERCREDI EN PLUS?!

-Et venez à jeun bien sûr.”

 

Oui oui, bien sûr Docteur… À  mercredi… 

 

“Allo Singapore Airlines? I would like a one way ticket for the lac Titicaca s’il vous plaît. Don’t worry, j’ai les cheveux propres. And by the way, y’aurait pas un dentiste là-bas, parce que j’agonise… Non? Tant pis, un Malibu ça m’ira aussi. After all, une dent c’est comme le reste, ça doit pouvoir se noyer dans l’alcool.”

Et le Mercredi d’Avant, Dieu créa l’être humain…

 C’est décidé, je me lance dans un grand nettoyage d’hiver. Ras le bol de tout ces trucs qui m’encombrent et ne servent à rien. Il est temps de remettre de l’ordre dans ce bordel et de séparer l’utile du superflu.  

 Tout d’abord, l’essentiel : mon cerveau. Difficile de le jeter sans devenir une courgette trop cuite. Donc je le garde et rajoute mon coeur pour lui tenir chaud. Sans mon coeur je n’irai pas bien loin. Même s’il y a des fausses notes dans son fox-trot, c’est assez pratique un coeur, ça sert à pleurer devant les infos du soir et à rire d’une blague aussi bête que “Green Green”. Pareil pour ma rate, mon estomac, mon colon; idem pour mes reins, mes paupières, mes poumons; tout ça je garde, ça bosse dur et ça rempli, mais par contre j’ai deux-trois petits bidules à rendre au Créateur. D’ailleurs, ça m’étonnerait qu’Il nous ait fait à son image : franchement, si vous aviez le choix, si vous pouviez créer un individu depuis l’ongle du petit orteil jusqu’à la dernière fourche du dernier cheveux, est-ce que vous n’essayeriez pas de lui faciliter la vie? 

 

L’appendice par exemple. À quoi ça sert l’appendice? On se le demande… Et bien ça sert à rien, aussi inutile qu’un simulateur d’aube. Tout juste bon à s’enflammer et à exploser dans notre bidon au pire moment de notre existence. Qu’on ne vienne pas me dire que l’appendice est nécessaire, je sens bien qu’il glande celui-là. Chaque matin, au réveil, je fais l’inventaire de mes organes, je les entends bosser, ça travaille fort pour me faire sortir du sommeil. Et lui, ce minuscule bout de chaire creux, il se roule les pouces! Il ne digère rien, n’irrigue rien, ne sécrète pas la moindre substance vitale. L’appendice est un incruste dans le corps humain, il n’est là que pour nous rappeler qu’on peut crever d’une péritonite si jamais ça lui prend. 

 

C’est comme son pote le coccyx, il en fout pas une rame non plus. Un pauvre vestige de queue préhensile, totalement déplacé entre les deux fesses, qui ne manifeste sa présence que lorsqu’il se brise au pied d’une piste de ski en déclenchant une douleur diabolique. Bref! Si Dieu avait pu nous dispenser du coccyx et de son acolyte l’appendice, la vie sur terre aurait été bien plus supportable. 

 

Reste le summum de l’inutilité, ce sans quoi nos vies seraient un million de fois plus harmonieuses si l’Idiot qui nous a fabriqués s’était abstenu de rajouter cet ‘ingrédient” : les hormones. Comment ça, ça sert à quelques chose les hormones? Pff! Mon oeil ouais, ça sert juste à perturber notre équilibre psychique, à titiller nos émotions jusqu’à l’hystérie. Les hommes ne peuvent pas comprendre ce que c’est que de sentir cette vague de stresse monter en nous, enfler et gronder dans notre gorge et nos estomacs. Il faudrait avoir recours à des métaphores interminables pour leur donner un aperçu du chambardement qui s’opère dans nos organismes une semaine avant les règles. Impossible d’expliquer aux mecs que tous les “mercredi d’avant”, une femme serait capable de vider le chargeur d’une carabine sur un wagon de métro pour peu qu’il ait 30 secondes de retard, qu’elle pourrait frapper un flic avec son coccyx s’il osait lui barrer la route, et qu’elle se ferait un plaisir de fracasser toute la vaisselle de grand-maman si par malheur elle n’était pas déjà lavée! C’est ça qui nous arrive le Mercredi d’Avant : des “modifications cycliques neuro-diencéphalo-hypothalamo-hypophyso-ovariennes”!! L’enfer à vivre et à prononcer. Alors oui, un corps sans hormones, ce serait Byzance. La trêve des nerfs, enfin la paix des ménages. Plus de montées de larmes incontrôlées, ni de sautes d’humeur. Sans hormones, on serait parfaites et la vie des hommes serait bien plus reposante.

 

Ce qui nous ramène à la question du Créateur. Dieu ne peut pas être un homme, jamais il n’aurait donné des hormones aux femmes en sachant que ça provoquerait des crises d’hystérie jusqu’à la fin des temps. Mais Dieu ne peut pas non plus être une femme, jamais elle n’aurait puni ses congénères en les dotant d’hormones invivables. La seule solution c’est que, puisqu’il n’est ni homme ni femme, Dieu n’existe pas. Et hop! J’ai résolu la grande question de l’humanité! Il reste la théorie de l’évolution, je sais, mais visiblement nous n’évoluons pas très vite, voire pas du tout - vu tout ces organes obsolètes. 

 

Il n’y aurait donc ni Dieu, ni Évolution. Juste des corps imparfaits bourrés de choses inutiles.

 

C’est peut-être ça la beauté de l’être humain : avoir quelques organes qui ne servent à rien, pour nous rappeler que l’Homme n’est pas une machine parfaite, que dans la vie, heureusement, on ne conserve pas que l’Utile en éliminant le superflu… Sinon il n’y aurait plus d’art, plus de culture, plus de loisirs, plus de rapports sociaux en dehors du travail. Sinon, heu… ce serait la société du Rendement, celle de l’Efficacité au détriment d’une certaine dose de plaisirs futiles qui font le sel de l’existence. Hum… Heureusement que Dieu et Darwin ne nous ont pas abandonnés dans cette société-là… on serait dans la merde.

 

Contre le cafard, rien d’mieux que l’abattoir!

Dimanche dernier, le petit John qui vit chez moi a eu le cafard. Tartines de Nutella, épisodes d’Heroes, massage des zygomatiques, rien ne chassait la vilaine bestiole. Même pas ma danse du ventre syncopée sur “Sara per che ti amo”. J’ai eu beau lui jouer mes cinq accords de “Let it be” en boucle, son sourire était aussi poussif qu’une deudeuche en panne sèche. Faut dire que je me trompe à tous les coup avec le Fa - mais c’est vachement dur un Fa, il faut appuyer sur deux cordes en même temps et tordre les autres doigts dans l’autre sens. Je crois que mes mains sont inadaptées à la guitare. Peut-être que mon truc c’est l’harmonica… En y réfléchissant, c’est sûrement ce foutu Fa qui a flingué le moral de John. Bref ! il fallait faire quelque chose.

“Allez, viens! On va faire un truc rigolo !
-Comme quoi par exemple…
-Heu… comme regarder Festen !
-Tu parles, c’est la déprime Festen.
-Alors on a cas louer des Vélib’ et rouler jusqu’à Bastille pour manger une crêpe Nutella !
-Rien d’plus glauque que Bastille en Vélib’. En plus on s’est déjà tapé tout le pot.
-Mouais… JE SAIS ! On va aller sur les quais, voir les p’tits zanimaux en cage !
-Oh non, c’est pire que tout…
-Mais si, les bêtes c’est comme les enterrements, ça remonte toujours le moral, tu vas voir !”

Ce qu’il faut préciser, c’est que depuis trois mois on hésitait à prendre un chat. C’est beaucoup d’entretien ces choses-là, et il faut être sûr d’avoir des amis assez dévoués pour le garder quand on part. Et puis quelle angoisse d’élever un être vivant ! Imaginez qu’il devienne schizo en grandissant, comment on fera pour lui expliquer que Riton, son copain imaginaire, n’existe pas? Comment on saura si notre chaton va mal, s’il sent monter en lui une bouffée d’angoisse quand il regarde sa gamelle? Ouep, on hésitait à prendre un chat, mais ce méchant cafard méritait bien une escapade-repérage.

Nous voila donc sur les quais, dans la lumière blafarde d’une fin d’après-midi d’hiver et dans la touffeur écoeurante des excréments d’animaux. Des idées connes j’en ai des tas, mais faut dire que celle-là l’était sacrement ! À peine entrés dans la première boutique, le contenu de nos estomacs a essayé de se faire la malle par le bout de nos lèvres. Je ne sais pas si vous avez déjà été dans l’une de ces animaleries, mais je peux vous dire que ça pue comme une friture de carcasses dans une décharge couverte de Phnom Penh chauffée à 50°. Voir pire, parce qu’aux poils de bébêtes pourris et à leurs crottes séchées, s’ajoutent l’haleine des poissons rouges et les cris des perroquets. Bon, ok, les cris de perroquet ça pue pas, mais presque.

Le nez caché dans l’écharpe, la main pressée dessus pour pas vomir, je montre à John un truc poilu :

“Ohh, qu’il est bignon le beti chah, regarde ses betites oreilles bouillées…
-C’est bas un chah, c’est un rat… Et t’as ses quarante-deux frangins à côté.
-Ohh, la belle fabille!”

Un peu plus loin, devant la cage des (vrais) chats :

“Tu troubes bas qu’ils ont l’air balades? Ils ont tous de la conjonctibite…
-C’est norbal, à force d’être tribotés toute la journée, et en plus ils sont baltraités bar les brobrios.
-Hein?
-Bah oui, tu sabais pas? Ils les nourrissent à beine et s’ils sont bah bendus, ils les abènent à l’abattoir des chatons inbendus.
-Bais c’est dégueulasse!
-Et en blus, ils bendent ça bille deux cents euros.”

Mille deux cents euros un chat tout moche avec la tronche écrasée et les yeux qui coulent… Qui finira à l’abattoir des chats rejetés si on ne l’achète pas… Mais bon Dieu! C’est pour ça qu’ils nous matent avec leurs pupilles culpabilisatrices ! Je me disais bien qu’il y avait une atmosphère pesante dans cette boutique. “Bite !” Quittons cet abattoir de luxe, ça m’angoisse tout ces caniches qui nous scrutent pour qu’on les sauve et ces lapins, d’habitude si polis, qui ont l’air en phase maniaque !

“T’as bluh le cafard, c’est bon, on beuh retourder à la baison?
-Ça ba bieuh bizarrebent.
-Et bah tant bieu barce que boi, si y’avait un pont, je sauterais!”

De retour chez nous, on a regardé “Festen” pour se remonter le moral et oublier ces bêtes qu’on avait lâchement livrées à l’abattoir parce qu’elles avaient les yeux qui coulent. Même pas encore d’animaux, et déjà ingrats avec eux…

Je crois qu’on n’est vraiment pas prêts à avoir un chat. Quittes à élever quelque chose, autant que ça soit nos petits cafards. C’est plus simple à nourrir et au moins on peut les trimbaler partout avec nous. Le problème, c’est s’ils deviennent schizophrènes en grandissant… Comment on fera pour leur expliquer que Riton n’est qu’un ami imaginaire?

Le Gavroche de Meudon

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À chaque fois qu’une année commence, les gens prennent un malin plaisir à nous souhaiter des choses qu’on ne souhaite pas. Du travail, par exemple, ou la santé. Alors que c’est si bon de se plaindre de nos petits bobos en se tournant les pouces. Cette année, j’ai eu droit à une quinzaine de “Et un bébé pour 2008!” Ce que ces gens bien intentionnés et légèrement conventionnels ne savent pas, c’est que j’ai déjà un bébé dans ma vie. Bon, ok, il a 55 ans et carbure à la 16, mais sa candeur et ses lubbies ont tout de celles d’un enfant de huit ans. Cet adulte à l’âme pré-pubère, c’est mon père. Pas simple! Heureusement, j’ai été entraînée dès le plus jeune âge à survivre à ses passions soudaines. “Survivre” est un terme un peu exagéré, vous trouvez? Peut-être… à vous de juger.

Je devais avoir quatre ans quand mon père a décidé d’avoir un chien. Comme ma mère aimait les animaux et que j’étais trop petite pour contester, on a eu un chien. Mais pas n’importe lequel. Je ne sais pas trop où il avait trouvé Pirate, sûrement dans une décharge, mais c’était l’animal le plus con du monde. Tellement con que je m’en souviens. Cette bête était un petit bâtard maigrichon, à peu près aussi laid qu’un Lévrier mélangé avec un Bobtail. L’activité favorite de Pirate était la mendicité dans les restaurants. Quand il avait finit de bouffer à toutes les tables, il vomissait son butin aux pieds de mes parents, puis remangeait son vomi et repartait faire sa ronde. À moi, qui rampais par terre, d’éviter les restes de galette.

Plus tard, peut-être afin de justifier le nom du chien, mon père a voulu devenir marin. Il a fait construire un bateau, s’est plongé dans “Comment survivre en mer quand il n’y a plus d’eau potable et qu’on a déjà mangé sa femme” et a kidnappé sa famille pour la traversée d’un océan quelconque. Sans jamais avoir pris la moindre leçon de navigation, bien sûr. On s’est donc retrouvés sur un voilier à coque noire, avec un gamin élevé au bitume de la porte d’Orléans pour capitaine. Hisse et ho ! Les jours s’écoulaient au rythme de mes nausées. Affalée sur le pont, régurgitant mon biberon sur un Pirate aussi malade que moi, je suppliais ma mère d’arrêter la mer. Mais ma maman n’étant pas exactement Poséidon, tangages et roulis ont continué leur danse. Je ne sais pas si cette “aventure” à cessé parce que le matelot qui voguait avec nous -un vieil alcoolique nommé Pays- avait balancé mon doudou dans l’océan pour cause de lapins imprimés dessus, ou parce que mon père avait failli jeter ma mère par dessus bord parce qu’elle l’avait battu au Trivial Poursuite : toujours était-il, cette escapade salée à cessé et le chien et l’enfant ont fuit comme des dératés vers la terre, loin du bateau infernal.

Ensuite, ça a été le Nego Chin. Mon père avait vu ces barques plates à L’Isle sur la Sorgue et s’était dit : “Pourquoi pas moi!” Si ces embarcations s’appellent “noie le chien”, ce n’est pas pour rien. Pour la beauté de l’histoire, j’aurais aimé dire que Pirate avait trouvé la mort sur cette planche casse-gueule supposée flotter, mais il était déjà mort depuis longtemps à cette époque. Un repas de trop, mendié dans un resto un peu louche, intoxication alimentaire, adios Pirate, on t’aimait bien, de loin. Donc, pas de chien sur cette galère, juste ma mère et moi à nouveau, avec mon père à la perche. Inutile de raconter le nombre de plongeons forcés qu’on s’est tapés dans l’eau glaciale de la Sorgue, le nombre de fois où on est ressorties les cheveux plein d’algues et de sangsues… Les femmes et les enfants d’abord ! Le Nego Chin, c’est pire que conduire un Véli’b en plein coma éthylique.

Je vous passe six mois à tenter de survivre au climat morose de Valenciennes parce que papa voulait descendre à la mine, les deux ans de piano avec une vieille folle qui puait des aisselles parce que papa rêvait que je joue du Rachmaninov mieux que Rachmaninov, les heures à essayer de comprendre ce que signifiait une tache blanche sur une fond blanc lorsque papa s’est passionné pour l’art contemporain, bref! vous l’avez compris, les passions de mon père sont dangeureuses pour la santé. Tout ça pour en arriver à Meudon.

Et oui, la nouvelle lubbie de ce papou un peu branque, c’est d’habiter à Meudon, et son Grand Argument c’est que Meudon n’est qu’à “treize minutes de la Tour Eiffel”. Tu parles d’un argument. Pourquoi la Tour Eiffel? Pourquoi pas aussi le parcmètres de la rue du chat qui pèche? À moins d’avoir un hélicoptère ou de faire du 120 au milieu de la nuit, impossible d’aller à Meudon en treize minutes. Encore un truc pour que je tue quelqu’un en scooter.

“Mais siii, treize minutes j’te dis, et pis y’a un jardin pour ton p’tit frère et des grands placards pour les fringues de ma femme.
-Ah ouais… et pour moi y’a quoi, à part quinze minute de Denfert à la Tour Eiffel et treize de la Tour à Meuuudon?
-Pour toi y’a ma colec’ de train électriques et des guitares achetées 15 euros sur e-bay. Comme ça tu pourras t’y mettre et jouer du John mieux que John!”

Comment, lui qui a grandi sur les trottoirs de Panam, qui a passé des heures dans les bistros Parisiens à refaire le monde dans un sens puis dans l’autre, sans oublier de l’arroser au passage, comment ce papou parisien jusqu’au bout de la cibiche peut émigrer à Meudon?! Et le pire c’est qu’il déteste cette ville! Il n’assume pas du tout d’avoir à dire qu’il vit là-bas. C’est sûr, ça fait prout-prout… Encore une longue traversée de l’océan en perspective ! Remarquez, c’est pas mal Meudon, c’est tellement mort que personne ne notera qu’il a tué sa femme si elle gagne au Trivial Poursuite.

Voila. Dans Wikipédia ils disent que Meudon est “célèbre pour sa tranquilité”, c’était avant que mon père y vive. Avec un peu de chance, et en comptant sur sa nature farfelue, il lui faudra trois mois pour chambouler la ville, adopter tous les chiens errants, créer un musée de la marine et du Négo Chin, organiser des concerts de musiciens amateurs qui ne jouent ni aussi bien que Rachmaninov ni aussi bien que John et surtout prendre la tête du bar du coin et passer des heures nostalgiques à penser à Paris, assis sur des banquettes en sky.

Avec un peu de chance surtout, ce bébé qu’on me souhaite pour 2008 attendra 2010 et sera aussi passionné, barjo et idéaliste que son grand-père.

Dès qu’il aura trois ans, je lui offrirai une trottinette pour qu’il aille voir son papy à Meudon : “Mais non gamin, c’est pas loin, à peine treize minutes de la Tour Eiffel, alors patine ! “

Mais bordel, où est-ce que Noé rangeait ses cd?!

Quand j’étais gamine, j’imaginais ma maison d’adulte comme une espèce d’Arche de Noé. Un petit coin préservé entouré de flotte, avec derrière les fenêtres le déluge et du pain d’épice dans la cuisinière en plastique. Mon mari, Indiana Jones, serait en train d’escalader l’Himalaya pour me ramener des Immortelles et moi j’explorerais le cosmos dans mon Arche ultra-technologique.

L’an 2000 vu des années 80, ça rimait avec aventures et insouciance. Si j’avais su que la vie des grands ça ne se cuisinait pas sur du plastoque, j’aurais stoppé ma croissance et m’en serais tenue au suçage de pouce et autre Rubik’sCube.

Mais pour de vrai c’est carrément pas ça ! Personne m’avait dit qu’être adulte c’était savoir choisir entre une casserole Tefal et un Wok. Et encore, seulement si t’as choisi entre Monoprix, Franprix, Leaderprice ou Telemarket, que tu t’es décidé sur telles carottes, ou telles boites de pâtes, qui de toute façon seront dégueux, vu que tu ne sais pas cuisiner et que t’aimes pas les pâtes aux carottes.

Ouais, la vie des vieux c’est une tonne de mini-choix quotidiens qui t’enferment un peu plus chaque seconde pour que tu oublies ton Arche sous le déluge.

Pourquoi tant d’ironie en ce début d’année ? Parce qu’en ce moment j’emménage avec John et j’ai l’angoisse de l’étagère à cd. Attention, n’allez pas croire que je ne suis pas heureuse de “passer à l’étape supérieure” - comme disent les filles en manque de “construction”-, nan nan, je suis contente comme un tic sur le dos d’un hérisson. Mais quand on doit passer de l’IDÉE de vivre ensemble, au FAIT de vivre à deux, c’est autre chose, et rien ne prépare à ça ! Même pas le bac.

À peine un “ouid’accordonacasvivreensemble” prononcé du bout des lèvres, et c’est le grand chambardement. Finit les petits pets sous la couette, les dîners à même le saladier devant Super Nanny. L’ère de l’Homme est arrivée ! Il faut faire de la place dans les tiroirs, tasser mes soutiens-gorge pour ses caleçons, virer mes jouets pour mettre ses guitares et accepter que l’Arche de Lola prenne les couleurs du monde de John.

Seconde étape, le BHV. Oui Monsieur, oui Madame, quand on vit à deux on s’organise. Les papiers par exemple, il ne faut plus les laisser traîner partout, c’est mal. Sinon on se retrouve très vite avec des lettres de fan au milieu des factures SFR et des prescriptions de gynéco parmi les modes d’emplois d’hélicoptères téléguidés. Alors on achète des dossiers avec des petites étiquettes qu’il faut renommer. Ensuite, il y a les casiers, pour mettre les dossiers dedans, et puis les étagères, pour poser les casiers… Quand on a mis un orteil dans l’engrenage infernal de l’adulte qui se construit sa tanière, on arrive très rapidement au point de nom retour : l’étagère à cd. J’aurais jamais cru qu’un meuble puisse être aussi flippant. Nous, il nous a achevés. Trois heures pour se décider sur le modèle, deux minutes pour casquer, quelques égratignures afin de la ramener jusqu’à chez nous et tout ça pour réaliser qu’elle est trop basse et que les murs sont tordus. Du coup on s’est tapé une phase de régression steak haché-coquillettes devant Robin des Bois. La vie d’adulte, ça crève !

Dis, mon John, ça ne te dirait pas qu’on achète une piscine à boules pour contrebalancer le sérieux de l’étagère à cd ? Ou des Scoubidou de toutes les couleurs ? Une machine à Barbe à Papa peut-être ? Encore mieux : et si on bazardait tout ? Casiers, dossiers, étagère, à la rue ! Tous les deux dans mon Arche, on sera bien, sans fournitures ni fioritures. Juste une guitare et un stylo… Allez Indiana John chéri, si tu me trouves une Immortelle, j’t'aimerai jusqu’à c’qu’elle meurt. Mais pitié! sans vase et sans étagère à cd !

Slam’alékoum !

Y’a des vendredis soirs plutôt ennuyeux et d’autres carrément pourris. On a tous connu la boîte glauque, les Ricards au coin du bar avec des potes éméchés; on a tous opté pour une soirée pizza devant Prison Break ou pire, devant la Star Ac’.

Ouais, y’en a en pagaille des vendredis comme ça, un peu banals, un peu pépères.

Mais des vendredis comme vendredi dernier, j’en avais jamais connu. J’ai bien failli mourir idiote alors faut que je vous raconte.

Y’a un mois, au détour d’un concert, je rencontre un grand mec armé de sa béquille. On tchatche un peu, de tout et de rien, et puis il me sort “Si t’aimes l’écriture, tu devrais venir aux soirées Slam de St. Denis”. Me voila qui sautille comme la mère de Bambi sous amphétamines parce que justement, l’autre jour j’ai vu un docu sur le Slam et que ça avait l’air ultra tip-top chanmé cool ! (Bien sûr, je ne lui dis pas en ces termes, je ne voudrais pas me taper la honte devant un Slamer, déjà que dix minutes plus tôt je m’étais rétamée la gueule dans l’escalier et écrasée aux pieds de Nagui… En y repensant, quitte à choisir aux pieds de qui s’écraser, j’aurais plutôt pris Bob Dylan, mais il était pas là… Bref ! Je m’éloigne du sujet.)

“Une soirée Slam? Top bon! Rendez-vous le 14 Décembre alors!” Yo.

Pendant un mois j’ai préparé ma première Slam-Session comme j’avais préparé ma soirée Sex Toy. Une petite dose de Google, quelques impros sous la douche -j’étais presque prête, il ne me manquait plus que des amis pour m’accompagner. Mais depuis ma dernière chronix je n’avais plus d’amis, alors j’ai demandé à mon père qui n’a pas le choix d’être mon ami.

“Allo Papa? Ça te tente une soirée Slam à St. Denis dans un mois?
-Une quoi où ça quand?
-Du Slam, tu sais, c’est comme du rap sans musique et tout le monde peut participer, les jeunes, les vieux, les nuls. C’est dans un bar en banlieue et…
-J’déteste le rap et la banlieue, surtout Meudon. Jamais tu me traîneras là-bas!
-Mais c’est pas à Meudon…
-C’est pareil!”

Comme je suis une fille butée, j’ai rappelé mon père tous les trois jours. “Papa! Il faut que tu viennes, c’est important que tu saches ce qu’il se passe en dehors de Paris” Non! “C’est important que tu connaisses les nouveaux mouvements d’écriture!” Non! “C’est important que tu m’amènes là-bas en voiture! ” Non! À bout d’arguments, je lui dis que la bière sera pas chère et que les Slamers sont tous hyper fans de lui.
Faut croire que je suis très convaincante, deux jours avant la date fatidique, mon père se décide à venir et en plus il a écrit un Slam.

Nous voila dans la bagnole avec mon papounet et Débiche, qui est toujours partante pour mes plans galère. Opération St. Denis, programmation du GPS : attention les bobos arrivent! “Tu crois que je suis bien habillée, j’suis pas trop coinçosse? Putain j’ai la dalle, je mangerais un Slamer! Est-ce que t’as pris ton appareil? Attention t’as raté la sortie!” De vrais touristes en partance pour l’aventure. Je commence à me dire qu’on va se faire jeter pour excès de plouquerie.

Arrivés dans le bar, on essaye de se faire tout petits en se cachant derrière un sandwich et une bière. Deux minutes plus tard, l’endroit est bondé.Y’a des gamins partout, des gens de toutes les couleurs, des p’tits vieux qui ont les yeux qui rient et la cane qui tremblote. Perdues au milieu de cette foule enthousiaste, quatre caisses en guise de scène. Et un micro. Je vois mon père blêmir. Est-ce que le bar de St. Denis serait plus impressionnant que le Zénith?

Puis le silence se fait. Fabien monte sur scène avec Ami Karim : SLAM’ALÉKOUM ! ALÉKOUM’SLAM ! Répondent les gens. La soirée peut démarrer.

C’est là que les claques ont commencé à tomber. J’en avais jamais pris autant en une soirée. Un gamin de dix ans entame un Slam sur le racket, écrit dans une langue qui rendrait jaloux tous les poètes de Lagarde et Michard; un mec un peu nounours débite des vers qui sonnent, fait vibrer les murs de St. Denis avec des mots-colère ; une jeune fille grimpe sur l’estrade, scande son quotidien, démonte la barricade qu’elle s’est construite autour du coeur; un homme en fauteuil roulant parle de l’euthanasie; un ado charrie sa soeur; un papy parle de l’Afrique, un autre se met dans la peau d’un flic… Et au milieu d’eux, mon papounet tout tremblant qui déballe son premier Slam et s’en sort haut la main. Malgré la trouille. Surtout grâce au sourire des gens.

En tout, quarante personnes sont montées sur scène, chacun a été accueilli avec la même chaleur, la même tolérance. On est passés du rire aux larmes, de la rage à l’espoir et on est repartis bourrés d’énergie et d’envies.

Des vendredis comme celui-là j’en veux toutes les semaines, à St. Denis, à Paris, et même à l’Elysée. Ce truc remue tellement les entrailles qu’on en ressort tout neuf. Ça retourne chaque organe, dépoussière le cerveau, déverrouille nos oreilles. En ces journées d’hiver tristounes, le Slam devrait être prescrit comme remède à la morosité. En fait ça pourrait même remplacer la Marseillaise, parce que j’ai jamais entendu des mots qui hurlaient autant la liberté, l’égalité et la fraternité.

Ouais j’suis cul-cul, je sais. Le Slam ça rend sentimentale, et alors?

Alors Alékoum’slam! Rendez-vous au prochain vendredi!

“Green Green!!”-Allo?!

Si je devais tirer des conclusions de tout ce que j’ai appris en vingt-sept années d’existence, je dirais que dans la vie, il y a deux vérités absolues : la tortue d’eau est l’animal le plus con du monde, et : on déteste toujours les amis de nos amis.

Ceux qui n’ont pas connu de tortue d’eau, ne peuvent pas comprendre. En revanche, tout le monde a eu au moins un ami qui avait un ami dans sa vie, alors me faites pas croire que c’est agréable comme situation. Il faut apprendre à partager, accepter que quelqu’un puisse apprécier quelqu’un d’autre, supporter le fait que ce “pote de pote” puisse être plus drôle, plus cool, plus indispensable que vous… Pas facile. Ca devrait être interdit les amis d’amis, et je ne vous parle même pas des “petits copains”.

Evidemment, comme dans toute théorie longuement réfléchie et pas du tout extrémiste, il y a une exception. Pour moi par exemple, Adrien fait exception.

Adrien c’est LE pote de Déborah que j’aimerais piquer. Ca fait des années que j’y travaille mais visiblement il a très bien été embrigadé. J’ai eu beau être ultra drôle, aguicheuse, sympatoche, il est resté dans le camps de Débiche. Un été, je l’ai même invité en vacances dans le sud. Je me suis mise en quatre pendant deux semaines pour lui, je lui cassais des pignons sur le bord de la piscine, faisais des figures de natation synchronisée, racontais les anecdotes les plus hilarantes comme celle du camps de naturiste ou “Green Green”, mais rien n’y a fait. Adrien est indécrottable!

Pourquoi est-ce que je tiens tant à “récupérer” ce garçon? N’allez pas croire que c’est lubrique, non non, c’est beaucoup plus noble que ça… Si je veux que ce mec devienne mon pote c’est parce qu’il est médecin. Et pas n’importe quel médecin, Adrien est un gynéco AVEC de l’humour! C’est quand même incroyable un homme gynéco (sans parler d’un homme qui passe ses journées le nez dans l’entrejambe des femmes et qui garde son humour). Tous les enfants rêvent de devenir pompiers, princesses ou chanteurs, vous en connaissez beaucoup qui rêvent de devenir spécialistes en vagins et vulvite? Faut être un peu frappé… Mais heureusement qu’il y a des gens assez fous pour se dire “Tiens, si j’étudiais dix ans et devenais spécialiste en Chlamydia?”, sinon comment on survivrait sans eux, en sachant que chaque secondes on meurt un peu plus? Quand on a un pote comme Adrien, on peut passer des soirées entières à parler septicémie carabinée et mycoses vaginales. Parfois même, il raconte des accouchements terrriiibles et c’est plus beau qu’Urgences et le Magazine de la santé réunis!

Si on était amis, je l’inviterais chez moi pour qu’il m’explique tout mon dictionnaire des maladies, avec des p’tits schémas afin de visualiser. Soirées au coin du Vidal, une ribambelle de mots virus… l’extase! Une fois je l’ai vu avec ses collègues d’internat, ils ont des private joke archi drôles, du genre : “Ah ah, l’autre jour y’a Gudule qui a dit scalpel au lieu de bistouri froid, t’imagines la honte!”. Et moi j’ai beau ne pas comprendre en quoi c’est la honte, j’adore ces blagues de gynécos!

Ahh, Adrien… pourquoi tu veux pas être mon ami… Tu pourrais partager tes connaissances quand même! Ça serait idiot d’emporter dans la tombe ton savoir sur le point g et les touchés de col de l’utérus. Je connais des filles qui pensent que le point g est un mythe: tu dois faire quelque chose! En échange, je te re-raconterai “Green Green”, la deuxième fois elle est hilarante!

Il me faut un plan B, parce que là je pense que c’est mort. Alors voila, j’ai deux solutions. Soit je demande à John d’entamer des études de médecine et j’attends une bonne dizaine d’années pour qu’il soit Docteur en coudes pointus et autres anomalies fabuleuses. Soit je laisse tomber Adrien et cherche un autre ami d’ami vachement spécialisé. Tiens… Arthur a des potes magiciens, c’est pas mal aussi pour faire disparaître mes maladies imaginaires…

Je pourrais aussi m’acheter une tortue d’eau. Peut-être qu’avec elle le coup de la natation synchronisée marcherait…

La révolution des Cheeseburger!

Aujourd’hui j’étais censée vous parler du poing G mais un autre sujet s’impose à moi. Un sujet bien moins glamour je vous le concède et légèrement plus terre à terre que cet ultime zone érogène. Et oui, aujourd’hui je vais vous parler des grèves.

Jusqu’à maintenant j’avais pu échapper aux galères de métro, à l’attente interminable pour grimper dans un train. Assise sur mon scooter, je soutenais les grévistes dans leurs revendications et plaignais les millions de travailleurs “pris en otage” par l’immobilisme des politiciens. Position très confortable, c’est vrai, et si j’avais patienté deux jours de plus je n’aurais eu aucune expérience du terrain. C’était sans compter sur mon esprit tordu.

“Tiens, tous les trains sont en grève en ce moment, si j’en profitais pour aller retrouver John à Coutance?”

Me voila donc Gare Saint Lazare samedi matin vers dix heures, candide comme une marguerite, un petit peu étonnée quand même, par cet attroupement mécontent devant les panneaux d’horaires. “Bah quoi, y’a une baston? Une vieille dame a trébuché sur son rein artificiel?”

- C’est la grève mademoiselle, faut pas compter sur votre train.
-Quoi?! Mais c’est pas possible! Je dois absolument aller à Coutance… comment on s’y rend en scooter?!”

Très vite je comprends qu’il est inutile de gesticuler devant l’unique guichet d’information - le train pour Coutance partira dans trois heures, passera par Caen, je devrais changer à Lison et au bout du compte mon voyage durera six heures au lieu de trois. Zen zen zen… C’est pas la mort… Dieu t’envoie une épreuve pour prouver que tu mérites ta réincarnation en lapin… Tout ça pour une nuit en Normandie, ça a intérêt à être la nuit du siècle.

Comme il faut bien prendre son mal en patience, je sors de la gare et erre quelques instants entre les pigeons et les frites froides. Ça me donne faim tout ça. Et puis zut! Si je dois attendre trois heures, autant me faire un peu de mal et avaler de la sale bouffe. En pleine dégustation d’un Cheeseburger, je laisse mes pensées se perdre dans les dédales politico-fast-foodiens. Si on part du principe que les grèves sont contre Sarkozy et que Sarko soutien la politique des ricains, et que le Mc Do est l’emblème de la puissance des États Unis, et que je mange un Mc Do un jour de grèves… ne suis-je pas en train d’encourager Sarkozy et de promouvoir l’hégémonie américaine ?! C’est horrible, je suis une briseuse de piquet de grève démasquée par son Cheeseburger!

Dégoutée par ce constat et les frites moles, j’en jette quelques-unes par terre pour nourrir un oiseau en crise d’hypoglycémie. En trois secondes je suis encerclée par tous les volatiles du quartier - manquerait plus que j’attrape le cancer du pigeon ! Je file vers la gare et m’assois entre une flaque de pisse et un ado défoncé. Au moins là, je risque rien. Et si je téléphonais à Déborah pour avoir le plaisir de me plaindre?

“Allo Débiche, tu sais pas quoi, je suis bloquée dans les grèves et j’ai envie de vomir…
-T’es née en ayant envie de vomir, pis c’est très bien les grèves ! Dis-toi qu’on construit la lutte contre Sarko, c’est un peu la révolte du Royaume!
-Ah ouais… un peu comme une deuxième révolution Française…
-C’est ça! 1789-2007: toujours debout!
-Et tu crois que c’est péché de manger un Mc Do en pleine révolution?”

Je vous passe les trois heures d’attente, à tenir mon ventre de peur que mes boyaux se fassent la malle par mon nombril.

Une fois bien installée dans le train, je me dis que le pire est derrière moi. Et pourtant… Essayez de faire tenir trois trains en un seul sans que tout le monde ait envie de se battre pour une place, et revenez me voir si vous y arrivez! Pour résumer y’avait un type qui parlait trop fort dans son portable, du coup un vieux lui a dit “chut”, du coup le type lui a tapé sur la tête et un jeune mec au fond du wagon a dit “Hey! tu veux te battre avec tout le train?!” et moi j’ai dis “Ouais! Une baston!” et le type a dit “Tu m’cherches?” et j’ai dis “J’ai envie de vomir…” et le vieux a changé de place en se frottant la tête et la fille face à moi a rapproché ses affaires pour que je ne vomisse pas dessus et tout le monde s’est mis a crier “Faites chier! Un peu d’amour! On est tous dans l’même bateau! Qu’on lui file un sac à vomi en urgence et abat Sarkozy!”, pis y’a un mec qui a crié plus fort que nous tous : “Il faut RESPECTER les gens. FUCK THE FRENCH!”

La révolte du royaume quoi. Comme en 89 à la Bastille, sauf qu’à l’époque y’avait pas de Fast Food pour aggraver les choses.

Finalement tout le monde s’est calmé, la France a replongé son nez dans Paris Match et j’ai écouté les frites remonter lentement vers ma gorge en priant pour ne pas vomir sur les pieds de John arrivée à Coutance.

S’il fallait tirer une leçon de ce voyage en Normandie, c’est de ne jamais manger de Cheeseburger avant d’entamer une révolution : ça vous range dans le clan des traitres et ça file la gerbe pendant toute la bataille.

Sblorf Party Yeah!

Ca y’est , le compte à rebours est terminé. Le rideau noir se lève sur le Sblorf…Un peu grandiloquent comme début, n’est-ce pas? Ça ne me met pas du tout la pression pour ma chronix… Il faut qu’elle déchire, je sais, sinon ça sera la pouasse pour toute la saison deux. Vais-je supporter autant de pression, moi, le petit organisme fragile qui se traîne une trachéite depuis deux mois et une cystite du lobe frontale depuis ma naissance? Vite vite ! un sujet explosif pour rendre accros les lecteurs ! Putain, j’ai déjà abordé tous les sujets sensibles - l’ablation du clitoris, les biches, le vandalisme de scooter - qu’est-ce qui peut être plus accrocheur qu’une aventure avec un lémurien, plus Rock’n Roll qu’une tournée avec les John? Et moi qui comptais vous parler de mon bain… Zut et re-zut, j’ai pas d’idée, c’est trop dur de devoir être sensationnelle sur un seul coup. Par petite dose, j’y arrive, comme tout le monde, mais quand on vous dit “Allez! Faut être énorme là tout d’suite maintenant!” c’est un peu comme d’essayer de battre le record de saut à la perche sans perche. Déjà qu’avec une perche, j’aurais plus de chance de me l’enfoncer dans le gosier… Et puis merde, ce soir c’est à vous d’être rock n’roll tout seul, car ce soir c’est la grande soirée du Sblorf !À occasion spéciale,  chronix spéciale : ce soir elle se fera  en quasi direct live depuis le QG du Sblorf ! Attention, ça risque d’être arrosé, d’alcool, de photos et de fraises Tagada !  Let the party started !